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Abou Simbel : comment visiter les temples de Ramsès II ?
Trois heures de route depuis Assouan ou quarante-cinq minutes d'avion, deux temples taillés dans une falaise et une façade de vingt mètres : nos égyptologues expliquent comment organiser la visite d'Abou Simbel, à quelle heure y être et quand la fête du soleil vaut vraiment le déplacement.
Par Ali Mahjoub, Guide hispanophonePublié le Mis à jour le
En bref
Abou Simbel se visite en une journée depuis Assouan, et cette journée se joue presque entièrement sur une seule décision : l'heure d'arrivée. Les deux temples de Ramsès II se trouvent à environ 280 kilomètres au sud de la ville, en plein désert nubien, à une quarantaine de kilomètres de la frontière soudanaise. Comptez trois heures de route ou quarante-cinq minutes d'avion. Ceux qui arrivent à l'ouverture ont la façade pour eux, avec le soleil du matin qui éclaire les colosses de face ; ceux qui arrivent en fin de matinée découvrent le même site sous quarante degrés et derrière plusieurs autocars. Voici les repères que nous donnons à nos voyageurs avant chaque départ.
- Deux temples taillés dans la falaise : le grand temple de Ramsès II et le petit temple de Néfertari
- Quatre colosses assis de près de vingt mètres sur la façade du grand temple
- Environ 280 kilomètres depuis Assouan : trois heures de route ou quarante-cinq minutes d'avion
- Départ des excursions routières vers quatre heures du matin, pour être sur place à l'ouverture
- Site ouvert tous les jours, en général de 6 h à 17 h, horaires à revérifier avant de partir
- Deux heures sur place pour une visite confortable, une heure trente au minimum
- Fête du soleil les 22 février et 22 octobre : le soleil levant pénètre jusqu'au sanctuaire
- Temples démontés et remontés soixante-cinq mètres plus haut entre 1964 et 1968
- Billet à acheter sur place ou sur le portail officiel egymonuments.gov.eg, tarifs révisés plusieurs fois par an
Pourquoi Abou Simbel vaut-il le détour ?
Parce que c'est le seul grand site d'Égypte où l'architecture ne se pose pas sur le paysage : elle se creuse dedans. Abou Simbel n'a pas été bâti pierre par pierre comme Karnak ou Edfou. Vers 1264 avant notre ère, des carriers ont attaqué une falaise de grès et y ont taillé deux sanctuaires entiers, façade comprise. Les quatre colosses assis qui vous regardent arriver mesurent près de vingt mètres et ne font qu'un avec la montagne : ils n'ont jamais été posés là, ils ont été dégagés.
À l'intérieur, le grand temple s'enfonce sur une soixantaine de mètres. On traverse d'abord une salle où huit piliers osiriaques à l'effigie de Ramsès montent la garde, puis des parois entièrement couvertes par le récit de la bataille de Qadesh, la plus longue campagne de communication politique de l'Antiquité. Tout au fond, dans le sanctuaire, quatre statues assises attendent : Ptah, Amon, Ramsès lui-même et Rê-Horakhty. Le roi s'y est fait représenter parmi les dieux, à leur échelle.
Le petit temple, cent mètres plus loin, est une rareté absolue. Ramsès l'a dédié à la déesse Hathor et à son épouse Néfertari, et il y a fait sculpter la reine à la même taille que lui sur la façade. Dans toute l'histoire égyptienne, on ne compte qu'une poignée de cas où une souveraine est figurée à l'échelle du roi. C'est ce temple-là que beaucoup de voyageurs traversent en dix minutes parce qu'ils ont épuisé leur temps dans le grand : c'est l'erreur la plus fréquente du site.
- Grand temple : quatre colosses de Ramsès II sur une façade d'une trentaine de mètres
- Salle hypostyle : huit piliers osiriaques à l'effigie du roi
- Parois intérieures : le récit complet de la bataille de Qadesh
- Sanctuaire : quatre statues assises, à une soixantaine de mètres de l'entrée
- Petit temple : dédié à Hathor et à Néfertari, six colosses debout de dix mètres
- Détail rare : la reine y est représentée à la même taille que le roi

Comment se rendre à Abou Simbel depuis Assouan ?
Par la route, par avion ou par le lac. La route est la solution la plus fréquente : environ 280 kilomètres de désert sur une chaussée droite et correcte, trois heures dans un sens, avec un départ d'Assouan vers quatre heures du matin. Le convoi policier obligatoire, qui a longtemps rythmé ce trajet, n'est plus imposé depuis le milieu des années 2010 : on circule librement, avec des postes de contrôle réguliers où le chauffeur présente les papiers. Prévoyez de l'eau et un petit-déjeuner emporté, il n'y a rien entre Assouan et Abou Simbel.
L'avion coûte plus cher mais rend la journée humaine. EgyptAir et Air Cairo relient Assouan à Abou Simbel en quarante-cinq minutes, avec quelques rotations par semaine, souvent calées pour laisser environ deux heures au sol avant le vol retour. C'est le bon choix pour des voyageurs qui supportent mal les longues routes, pour un séjour court, ou en plein été quand la route de nuit puis la chaleur enchaînées font une journée éprouvante.
La troisième option est la plus belle et la moins connue : la croisière sur le lac Nasser. Le bateau met trois à quatre nuits pour rejoindre Abou Simbel par l'eau, en s'arrêtant à des temples nubiens que les excursions à la journée ne voient jamais, Kalabsha, Ouadi es-Seboua, Amada. On accoste face aux colosses, et l'on est encore là quand les autocars sont repartis. C'est une autre façon de voyager, plus lente, et un budget différent.
Ce que nous faisons pour nos propres groupes, si cela peut servir de repère : la route d'octobre à avril, avec un départ calé un peu avant celui des grandes excursions pour arriver à la grille les premiers, et l'avion de mai à septembre, quand la chaleur rend le retour de l'après-midi difficile. Dans les deux cas, l'égyptologue voyage avec le groupe et raconte la Nubie pendant le trajet, ce qui transforme trois heures de désert en une partie du voyage plutôt qu'en temps perdu.
- Route : environ 280 kilomètres, trois heures, départ d'Assouan vers 4 h du matin
- Plus de convoi obligatoire depuis le milieu des années 2010, mais des postes de contrôle réguliers
- Avion : quarante-cinq minutes depuis Assouan, quelques rotations par semaine
- Vol retour souvent calé pour laisser environ deux heures au sol
- Croisière sur le lac Nasser : trois à quatre nuits, avec les temples nubiens en chemin
- Rien à acheter entre Assouan et Abou Simbel : eau et petit-déjeuner à emporter
À quelle heure faut-il arriver sur place ?
Le plus tôt possible, et idéalement à l'ouverture, vers six heures. Trois raisons se cumulent et vont toutes dans le même sens. La façade du grand temple est orientée vers l'est : elle reçoit le soleil de face au lever du jour, et c'est le seul moment où les visages des colosses sont éclairés sans ombre dure. La chaleur ensuite : en Haute-Égypte, la différence entre sept heures et onze heures du matin se compte en quinze degrés. La foule enfin : les autocars partis d'Assouan arrivent groupés en milieu de matinée, et le site, qui paraît immense de loin, se resserre beaucoup à l'intérieur des temples.
Il existe une façon d'avoir Abou Simbel presque pour soi, et nous la recommandons à ceux qui ont une nuit à donner : dormir sur place. Le village compte quelques hôtels, dont un au bord même du lac. On arrive la veille en fin d'après-midi, on est à la grille à l'ouverture, et l'on visite les deux temples dans le silence avant que la première excursion routière ne se gare. C'est la seule manière de voir le sanctuaire sans attendre son tour. C'est un montage que nous calons régulièrement, et qui s'insère sans difficulté dans une croisière classique.
- Ouverture vers 6 h : la façade est orientée à l'est et reçoit le soleil de face
- Arrivée groupée des excursions routières en milieu de matinée
- Écart de température facile de quinze degrés entre 7 h et 11 h
- Dormir au village d'Abou Simbel : la seule façon d'être à la grille à l'ouverture
- Chapeau, eau et chaussures fermées : aucune ombre entre le parking et les temples
- Intérieurs frais mais étroits : le confort dépend surtout du nombre de visiteurs présents
Combien de temps faut-il prévoir sur place ?
Deux heures suffisent, et une heure trente est un minimum tenable. Comptez environ quarante-cinq minutes dans le grand temple, une demi-heure dans le petit, et le reste pour ce que presque personne ne prend le temps de faire : contourner la colline par l'arrière et longer le lac depuis l'esplanade. Les excursions routières calent en général deux heures sur place, ce qui est juste assez si l'on ne traîne pas à l'entrée.
Un mot sur la photographie, parce que la règle change régulièrement. La prise de vue à l'intérieur des temples a longtemps été interdite, puis autorisée moyennant un billet spécifique. Ne partez pas avec une certitude : la seule information valable est celle affichée à la billetterie le jour de votre visite. À l'extérieur, en revanche, aucune restriction, et la meilleure heure est la première.
- Grand temple : environ quarante-cinq minutes
- Petit temple de Néfertari : une demi-heure, à ne pas expédier
- Arrière de la colline et bord du lac : vingt minutes que presque personne ne prend
- Excursions routières : deux heures sur place en général
- Photographie à l'intérieur : règle changeante, à vérifier à la billetterie
- Billets : sur place ou sur le portail officiel egymonuments.gov.eg
Faut-il caler son voyage sur la fête du soleil ?
Deux fois par an, les 22 février et 22 octobre, le soleil levant s'engouffre dans l'axe du grand temple, parcourt la soixantaine de mètres du couloir et vient éclairer trois des quatre statues du sanctuaire : Amon, Rê-Horakhty et Ramsès. La quatrième, celle de Ptah, dieu lié au monde souterrain, reste dans l'ombre. Le phénomène a été calculé par les architectes de Ramsès ; avant le déplacement des temples, il se produisait les 21 février et 21 octobre, et le décalage d'un jour est la trace de leur remontage.
Faut-il organiser son voyage autour de ces deux dates ? Notre réponse est franchement non, sauf si l'événement vous tient à coeur pour lui-même. Il faut être devant la grille bien avant l'aube, avec plusieurs milliers de personnes, réserver l'hébergement des mois à l'avance, et accepter de voir le sanctuaire par-dessus des épaules. Les 363 autres jours, les mêmes temples se visitent au calme, avec la même lumière du matin sur la façade. Nous préférons choisir la saison pour le climat et laisser la fête du soleil à ceux qui viennent pour elle.
- 22 février et 22 octobre : le soleil levant atteint le sanctuaire
- Trois statues éclairées, Amon, Rê-Horakhty et Ramsès ; Ptah reste dans l'ombre
- Dates d'origine : 21 février et 21 octobre, avant le déplacement des temples
- Affluence très forte, hébergement à réserver plusieurs mois à l'avance
- Le reste de l'année : même façade, même lumière du matin, sans la foule
Comment les temples ont-ils été sauvés des eaux ?
En les découpant. La construction du haut barrage d'Assouan, dans les années 1960, allait noyer Abou Simbel sous le lac Nasser. L'Unesco a lancé une campagne internationale et, entre 1964 et 1968, les deux temples ont été sciés en plus d'un millier de blocs de vingt à trente tonnes, numérotés, hissés puis remontés soixante-cinq mètres plus haut et deux cents mètres en retrait du rivage.
La colline qui domine aujourd'hui les temples n'est pas une falaise : c'est un dôme de béton recouvert de pierre et de sable, construit pour recréer la montagne disparue. Les blocs ont été réassemblés avec une précision telle que l'alignement solaire n'a glissé que d'une journée. Regardez de près le visage des colosses au soleil rasant : on distingue encore les lignes de découpe. C'est le détail que nous montrons systématiquement à nos voyageurs, parce qu'il raconte deux histoires en une, celle de Ramsès et celle du chantier qui l'a sauvé.
- Chantier de sauvetage lancé par l'Unesco, de 1964 à 1968
- Temples sciés en plus d'un millier de blocs de vingt à trente tonnes
- Remontés soixante-cinq mètres plus haut et deux cents mètres en retrait
- Colline artificielle : un dôme de béton habillé de pierre et de sable
- Alignement solaire décalé d'une seule journée après le remontage
- Lignes de découpe encore visibles sur les colosses au soleil du matin
Peut-on inclure Abou Simbel dans une croisière sur le Nil ?
Oui, et c'est même la façon la plus simple de l'ajouter à un premier voyage. Les croisières classiques s'arrêtent à Assouan : Abou Simbel s'y greffe comme une journée supplémentaire, en route ou en avion, généralement le lendemain de l'arrivée à Assouan. C'est exactement le montage de notre croisière de sept jours, qui garde une journée entière pour le grand Sud là où un format de cinq ou six jours s'arrête au temple de Philae.
Deux réserves d'opérateur, parce qu'elles évitent des déceptions. Ajouter Abou Simbel à un séjour de sept jours seulement se paie par une journée de fatigue à un moment où le programme est déjà dense ; à partir de neuf ou dix jours, l'extension s'insère sans effort. Et si vous voyagez en février ou en mars, la journée est agréable ; en juillet et en août, la même journée devient une épreuve, y compris pour des voyageurs habitués à la chaleur.
- Croisière classique : Abou Simbel s'ajoute comme une journée depuis Assouan
- Notre croisière de sept jours réserve une journée entière au grand Sud
- Formats de cinq ou six jours : Assouan et Philae, sans Abou Simbel
- À partir de neuf ou dix jours de voyage, l'extension s'insère sans forcer
- Croisière sur le lac Nasser : une autre formule, plus lente, temples nubiens compris
- D'octobre à avril pour une journée confortable, à éviter en juillet et en août
Combien coûte la journée à Abou Simbel ?
La journée se compose de deux lignes : le billet d'entrée et le transport. Le billet compte parmi les plus chers d'Égypte, avec ceux de la Vallée des Rois et du Grand Egyptian Museum. Comme pour tous les sites du pays, les tarifs sont fixés en livres égyptiennes et révisés plusieurs fois par an : nous ne les recopions pas ici, le seul montant qui fait foi est celui affiché sur le portail officiel egymonuments.gov.eg ou à la billetterie le jour de la visite.
Le transport, lui, change tout. Une excursion routière partagée au départ d'Assouan se compte en dizaines d'euros par personne ; un véhicule privé avec chauffeur, en centaines pour le groupe ; un aller-retour en avion, en centaines par personne. Autrement dit, le mode de transport pèse souvent plus lourd que l'entrée elle-même. Si le budget est serré, la route partagée reste la bonne réponse, à condition d'accepter le réveil à trois heures.
Un mot sur notre propre positionnement, pour que vous sachiez d'où nous parlons. Osiris opère des journées privées vers Abou Simbel, avec véhicule, chauffeur et égyptologue dédiés : c'est la formule la plus chère des trois, et elle ne se justifie que si vous tenez à la souplesse des horaires et à un accompagnement du départ au retour. Si votre budget est serré, l'excursion partagée voit exactement les mêmes temples, sous exactement la même lumière. Nous préférons le dire ici plutôt que de vous laisser le découvrir après coup.
- Deux lignes seulement : le billet d'entrée et le transport
- Billet parmi les plus chers du pays, tarif à vérifier sur egymonuments.gov.eg
- Excursion routière partagée : quelques dizaines d'euros par personne
- Véhicule privé avec chauffeur : plusieurs centaines d'euros pour le groupe
- Avion aller-retour depuis Assouan : plusieurs centaines d'euros par personne
- Tarif réduit pour les étudiants munis d'une carte internationale
Que conseillent nos égyptologues pour Abou Simbel ?
Le conseil que nous répétons le plus est le moins spectaculaire : ne visitez pas les deux temples dans l'ordre où vous les voyez. La plupart des visiteurs entrent d'abord dans le grand temple, y passent tout leur temps, et découvrent le petit temple pressés par l'heure du retour. Commencez par Néfertari pendant que la file se forme à côté, puis prenez le grand temple quand le premier groupe en ressort. Vous verrez les deux, et vous les verrez calmement.
Le second conseil tient à la lumière. Ne rangez pas l'appareil après la façade : à l'intérieur, revenez sur vos pas une fois les yeux habitués à l'obscurité, les reliefs de Qadesh se lisent complètement autrement après cinq minutes. Et gardez vingt minutes pour l'esplanade au bord du lac : c'est de là que l'on comprend ce que le barrage aurait recouvert.
- Commencer par le petit temple de Néfertari, finir par le grand
- Laisser les yeux s'habituer à l'obscurité avant de lire les reliefs de Qadesh
- Emporter une lampe de poche, l'éclairage intérieur reste faible
- Prévoir de l'eau pour la route : rien entre Assouan et Abou Simbel
- Vingt minutes au bord du lac, pour mesurer ce que le barrage aurait noyé
- En été, préférer l'avion : la route de nuit puis la chaleur font une journée trop longue
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